Cahier d’un retour impossible au pays natal

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Mardi 17 novembre 2009, par André Robèr // La presse en parle

C’est accompagné d’Aimé Césaire, que le poète mauricien livre les chants de larmes des Chagossiens. Il puise aux sources de l’excision et du démembrement, pour son Cahier d’un retour impossible au pays natal. Un texte publié àLa Réunion, àl’occasion des dix ans d’existence de la maison d’édition K’A.C’est accompagné d’Aimé Césaire, que le poète mauricien livre les chants de larmes des Chagossiens. Il puise aux sources de l’excision et du démembrement, pour son Cahier d’un retour impossible au pays natal. Un texte publié àLa Réunion, àl’occasion des dix ans d’existence de la maison d’édition K’A.

Pays natal, pays fatal. Aux rêves d’absolu. De la Martinique à Diego Garcia, c’est en compagnie d’Aimé Césaire que Khal Torabully fait le voyage. Pour qu’opère, « au bout du petit matin » , la magie des poètes. Se répondant outre- tombe.

Tout symbole gardé, Khal Torabully publie Cahier d’un retour impossible au pays natal. Clin d’oeil au poète de la négritude, par celui qui porte la coolitude. Un texte publié chez l’éditeur réunionnais André Rober, de la maison K’A. Et qui est lancé ces jours- çi, coïncidant ainsi avec les dix ans d’existence de cette maison. Avant de faire un tour au Festival du film d’Afrique et des Iles, qui se tient au Port.

Cahier d’un retour « impossible » , pour dire l’inextricable.

L’introuvable tranquillité. Le pays qui ne reviendra jamais. Même si les Chagossiens retrouvaient un jour leurs îles. Retour impossible, mais surtout pays impossible. Paradis transformé en base militaire.

Reste la lutte. Les souvenirs. Le poète. Qui clame, réclame cet archipel qui joue à se rapprocher, à s’éclipser, à se balancer, à s’éloigner, au fil du combat légal contre la couronne britannique.

Une démarche poétique alimentée par l’attention particulière accordée aux mots utilisés pour parler des Chagos et de son histoire. Des mots de, « cendres, de ruines et d’affaissement » , pour reprendre Césaire.

Il y a d’abord l’action de « démembrer » . La visualisation de membres que l’on arrache. « En tant qu’insulaire, nous avons un désir d’ ’ archipélisation’ , d’un agglutinement non- agressif, ce qui est en opposition à la logique de l’Empire, qui est celle du démembrement et de l’annexion » , explique Khal Torabully.

Autre mot- déclic : « l’excision » . Khal Torabully se dit frappé que ce mot à référence sexuelle s’applique au « vol d’un territoire » . « C’est signe d’un embarras de vocabulaire » , diagnostique- t- il. ce qui nous ramène selon lui, au désir de possession de l’Empire, l’exercice de son pouvoir phallique. Voilà qui fait écrire au poète : « Je suis Diego Garcia, le seul homme qui a été excisé » . Un raisonnement poétique qui rejoint « l’articulation corallienne » si chère à Torabully. Pour poursuivre sa mission, celle d’être, « le poète des sans voix, des coolies, des esclaves, des Chagossiens » . D’autant plus qu’il affirme croire dans la poésie comme « acte performatif » , un espace où prendre position, promouvoir la lutte tout en tenant compte de l’esthétique.

« La poésie favorise l’émergence des imaginaires.

J’ai imaginé Diego Garcia » . Jusqu` à émouvoir des îliens qui ont vraiment connu les lieux, affirme le poète. Qui confie que son texte était prêt depuis eux ans, et qu’il l` a donné à lire à des Chagossiens.

ils ont retrouvé les chiens que l’on a éliminé en premier. Avant de faire partir les hommes.

Le tout porté par la prosodie césairienne. Le compagnonnage avec Aimé Césaire a pour étincelle de départ la rencontre aux accents irréels des deux poètes. « C’était en 1998 » , se souvient Khal Torabully. Césaire est alors le maire- père de Fort de France. Le Mauricien obtient un rendez- vous et en profite pour lui donner un exemplaire de Cale d’étoile, coolitude, sorti en 1992.

« Il a demandé à ses gens de ne pas le déranger pendant les deux heures » . Et voilà Césaire – raconte Torabully - qui se met à lire son texte à haute voix. « C’était à la virgule près comme s’il savait comment j’avais écrit ce texte. Personne depuis ne m’a frappé par une telle maîtrise poétique » . Après la lecture, les effusions. « Il m’a embrassé et m’a dit , ‘ je peux mourir en paix, c’est ce que j’attendais. La coolitude c’est ce qui devait venir après la négritude’ » . Avant d’ouvrir la porte, d’appeler ses gens et de dire, « la négritude et la coolitude sont des frères »

Aline GROËME- HARMON

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