La tradition du conte à La Réunion : danger et renouveau

http://www.reunionnaisdumonde.com/spip.php?article2324

Jeudi 11 mars 2010, par André Robèr // Blog

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La tradition du conte en créole a failli disparaître à la Réunion. C’est l’un des constats de cette passionnante rencontre avec Daniel Honoré : il fait allusion à la fameuse année 1964, synonyme de l’apparition de la télévision dans les foyers réunionnais. Un tournant historique où la fascination des séries télévisées a menacé d’engloutir cet héritage oral transmis de génération en génération...

Dans la collection "Les Dossiers de l’ARCC", L’Association Réunionnaise Culture et Communication présente "La tradition du conte à La Réunion" : CD audio 49 minutes - Daniel Honoré, Rencontre animée par André Robèr, Interventions en créole réunionnais.

Engeristrement réalisé à l’occasion de la rencontre "Couleur Saphir" N° 128 le 12 juin 2009 à Paris.
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... A travers les questions et réflexions lancées par l’éditeur André Rober, le conteur-écrivain Daniel Honoré offre un intéressant éclairage historique. Car avec l’entrée en force du petit écran dans les villes et les villages, rares ont été les résistants face au rouleau compresseur d’images et de sons.

Quelques rares conteurs ont gardé le flambeau allumé, tels que Lo Rwa Kaf à Sainte-Suzanne ou Granmoune Baba à Saint-Louis. Les raconteurs zistoirs ont été laissés dans leur coin, ignorés. On avait même honte de leurs zistoirs créoles, proverbes, expressions et autres devinettes qui ont mis du temps à sortir du fénoir.

Et Daniel d’évoquer le début des années 70, la prise de conscience de pionniers comme Boris Gamaleya – avec ses textes publiés dans le quotidien Témoignages -, d’Axel Gauvin ou du groupe Ziskakan. Cette démarche militante s’est aussi enracinée dans les initiatives de « deux ou trois zoreilles arrivés avec un esprit ouvert et critique », tel que Robert Chaudenson.

Alors comment ne pas parler du Réunionnais Christian Barat « un des piliers de notre culture », alors professeur à l’Institut de Linguistique et d’Anthropologie. A travers force enquêtes sur le terrain, la tradition orale a été fixée sur bandes magnétiques, le conte a été sauvé. En témoigne « Kriké Kraké », qualifié par Daniel Honoré de « monument dans les histoires de la Réunion, le document de référence » sans oublier les deux Atlas sur le lexique de La Réunion.

La publication de ces ouvrages – comme le fut aussi « Zistoir Kristian » - a suscité une formidable réaction pour laquelle Daniel emploie un mot français durant son intervention en créole. Il parle de « regain » dans la population face à cet héritage. Ecouter les « granmounes », retranscrire leurs propos : c’est bien. Mais redonner vie avec de nouveaux conteurs, c’est encore mieux. Une démarche tout à fait logique, c’est là qu’interviennent des Réunionnais tels que Annie Grondin ou Sully Andoche. Daniel Honoré parle d’eux avec respect et enthousiasme. Les stages de formation proposés par ce trio en créole redonnent sans aucun doute une seconde jeunesse au conte.

La vie est comme une course de relais, si on ne transmet pas le témoin, la course s’arrête. Avec une telle comparaison, Daniel n’y va pas par quatre chemins. S’il insiste autant sur le besoin de transmettre en créole un tel héritage, c’est que le conte demeure - aujourd’hui plus que jamais - une facette essentielle de la culture réunionnaise.

Mais pas question de copier les contes d’ailleurs en les adaptant simplement au contexte réunionnais Et n’oublions pas qu’il est des repères du conte réunionnais – telle que Grand Mère Kal- qui ont besoin d’être respectés. De ne pas être défigurés de références qui ne leur conviennent pas. Avec bon sens – et humour aussi – Daniel Honoré montre combien la langue créole éclate avec une nouvelle génération de « raconteurs et écriveurs » qui ont réveillé tant d’expressions créoles trop longtemps « laissées sous une bonne couche de poussière ».

Albert Weber

En savoir plus et commander les coffrets : écrire à arcc2@wanadoo.fr

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