A l’occasion de la parution de LA POESIE REUNIONNAISE ET MAURICIENNE D’EXPRESSION CREOLE : HISTOIRE ET FORMES

ISBN 979-10-91435-09-3 Collection Méné ISSN 1952-5230

Mardi 25 février 2014 // Blog

Souscription A l’occasion de la parution de LA POESIE REUNIONNAISE ET MAURICIENNE D’EXPRESSION CREOLE : HISTOIRE ET FORMES

A l’occasion de la parution de

LA POESIE REUNIONNAISE ET MAURICIENNE D’EXPRESSION CREOLE : HISTOIRE ET FORMES

de Frédérique Hélias

les éditions K’A

lancent une souscription

Cet ouvrage préfacé par Carpanin Marimoutou et post facé par Daniel-Henri Pageaux

Format 148x210 mm 598 pages

En souscription jusqu’au 30 mars 2014 au prix de 30 €

Chèque à l’ordre de DCC en précisant le nombre d’exemplaires

Editions K’A

2 carrer Julien Panchot 66130 Ille-sur-Tet France

Carpanin MARIMOUTOU

L’ouvrage de Frédérique Hélias vient combler un manque dans l’histoire littéraire des îles créoles de l’Océan Indien et, surtout, modifier notre regard sur les textes poétiques de Maurice et de La Réunion. L’auteure a réalisé un travail d’ampleur qui présentait a priori de nombreuses difficultés épistémologiques, théoriques et méthodologiques. Les résultats de cette recherche de longue haleine sont considérables. L’ouvrage traite de questions qui sont souvent esquivées ou occultées lorsqu’il s’agit de littérature et, en particulier de poésie : les questions de la nation, de son histoire, de ceux qui en participent, de ceux qui y interviennent de l’extérieur (et qu’est ce que cet extérieur, où commence- t-il ? les limites en sont-elles poreuses ou strictes ?), les nombreuses modalités selon lesquelles les textes tissent les rencontres conflictuelles de voix venues de partout avec des codes, des genres, des normes construites au cours de la longue histoire des lettres européennes, dans leur dimension exotique/coloniale ou dans leur mise en oubli de leurs ailleurs. Il s’agit ici de faire converger l’histoire des créations et des créateurs, celle de la réception critique, celle des institutions littéraires et culturelles, celle du politique et des politiques, celle de l’histoire culturelle au sens le plus large et, assurément aussi, celle de ce que l’on appelait jadis le « sentiment national », et qui se reformule ici sous la notion complexe et contradictoire d’identité. De manière plus précise, le

L’ouvrage de Frédérique Hélias vient combler un manque dans l’histoire littéraire des îles créoles de l’Océan Indien et, surtout, modifier notre regard sur les textes poétiques de Maurice et de La Réunion. L’auteure a réalisé un travail d’ampleur qui présentait a priori de nombreuses difficultés épistémologiques, théoriques et méthodologiques. Les résultats de cette recherche de longue haleine sont considérables. L’ouvrage traite de questions qui sont souvent esquivées ou occultées lorsqu’il s’agit de littérature et, en particulier de poésie : les questions de la nation, de son histoire, de ceux qui en participent, de ceux qui y interviennent de l’extérieur (et qu’est ce que cet extérieur, où commence- t-il ? les limites en sont-elles poreuses ou strictes ?), les nombreuses modalités selon lesquelles les textes tissent les rencontres conflictuelles de voix venues de partout avec des codes, des genres, des normes construites au cours de la longue histoire des lettres européennes, dans leur dimension exotique/coloniale ou dans leur mise en oubli de leurs ailleurs. Il s’agit ici de faire converger l’histoire des créations et des créateurs, celle de la réception critique, celle des institutions littéraires et culturelles, celle du politique et des politiques, celle de l’histoire culturelle au sens le plus large et, assurément aussi, celle de ce que l’on appelait jadis le « sentiment national », et qui se reformule ici sous la notion complexe et contradictoire d’identité. De manière plus précise, le travail analyse comment les textes littéraires, poétiques, sont à la fois des vecteurs et des mises en question de sentiments identitaires pluriels, contradictoires, en situation d’affrontement ou de négociation.

Le livre de Frédérique Hélias signifie, d’une certaine façon, l’arrivée à maturité des études littéraires créoles de l’Océan Indien. On pourrait la comparer, pour son importance actuelle et à venir, à ce qu’a été la thèse de Robert Chaudenson pour les recherches linguistiques sur le créole réunionnais et, plus largement, sur les créoles à base lexicale française. Cette recherche va servir désormais de référence.

L’ouvrage est ambitieux par sa démarche et par la complexité des méthodologies qui sont mises en œuvre. La recherche de Frédérique Hélias se situe au croisement de l’histoire littéraire, de la sociologie de la littérature, des études culturelles, de l’analyse politique des discours, de l’analyse textuelle des formes et discours poétiques. Une démarche aussi ambitieuse présentait évidemment des difficultés tant en ce qui concerne les données à réunir et interpréter que du point de vue de la démarche qui permet d’associer des données d’origines et de natures différentes. La difficulté a été résolue par une sorte de va-et-vient constant entre les différentes approches, celles qui relèvent de la chronique et de l’analyse des œuvres n’étant jamais séparées de celles qui les éclairent par des informations qui peuvent toucher aussi bien à l’histoire événementielle, à l’histoire politique et économique comme à l’histoire culturelle, linguistique ou littéraire.

Procéder de la sorte suppose une connaissance de la situation sous tous ses aspects, une familiarité et même une empathie non seulement avec la langue et la culture mais encore avec une zone plus obscure celle des convictions que l’on dit profondes d’un peuple, celle des stéréotypes, des clichés, des idéologies, des légendes nationales, voire même des convictions religieuses. Cette connaissance se vérifie dans l’abondance des références et des remarques, dans leur qualité surtout. Le risque, sur ce point, était celui de la digression, du vertige du savoir pour le savoir dans lequel l’auteur se délecte et où le lecteur se perd. D’une manière générale, cette tentation a été repoussée et si l’on ne saurait prétendre que la lecture de cet ouvrage ne suppose pas de son lecteur une quantité de connaissances préalables, une érudition de bon aloi, on sait gré à l’auteure de prendre la précaution de rappeler et de préciser ce dont il s’agit à chaque fois que c’est nécessaire, en particulier par les synthèses très claires à la fin de chaque chapitre.

Bien entendu, ces outils et ces méthodologies existaient déjà, mais Frédérique Hélias a su, d’une part, les faire travailler ensemble, d’autre part, les adapter, les discuter, éventuellement reconceptualiser des notions faussement familières (poète, poésie, chant, champ littéraire, écriture, lecture, oralité...) pour les rendre opératoires pour son corpus.

L’auteure a su travailler à la fois sur l’histoire, la société, les formes, sans céder à la tentation d’un sociologisme déterministe, d’une histoire causale, d’une analyse formelle déconnectée des circonstances de production, d’énonciation, de réception, de circulation, et sans s’enfermer dans une vision insulaire des textes poétiques créoles. Elle a su démêler et montrer à la fois les complexes relations intertextuelles de chaque texte ou œuvre étudié tout en exposant à la fois sa singularité, son originalité et ses effets dans le champ à la fois littéraire et culturel.

L’ouvrage opte pour une démarche comparative avec tous les problèmes que cela pose dans ce cas précis : deux histoires, deux sociétés, deux langues, dangereusement proches et en même temps si différentes. Il fallait travailler sur cette proximité et cet éloignement, cette similarité et cette différence, et cela a été fait. Si on peut regretter cependant l’importance plus grande accordée à La Réunion au détriment de Maurice pour la période contemporaine, le lecteur sera satisfait par la rigueur, la précision, la qualité des analyses de textes en créole dans des champs littéraires complexes qui mettent en jeu au moins deux langues (le créole et le français) et où tous les auteurs sont littérairement d’abord francophones. La complexité des relations entre les textes créoles et les textes français, leur évidente proximité et leur non moins évidente différence a été étudiée de manière pointilleuse et éclairante, en particulier lors des analyses de fables, mais aussi dans le très beau chapitre sur Albany ou sur les poètes contemporains.

La difficulté d’avoir à traiter deux espaces est renforcée par l’extension temporelle. Il n’était évidemment pas question d’être exhaustif, ni encyclopédique, ni de produire une anthologie, encore moins une base de données complète de toutes les productions poétiques des origines à aujourd’hui. Il fallait proposer des coupes, construire un corpus, en montrer la validité et en tirer les enseignements. C’est ce qui a été fait. D’une part le travail fait le point sur l’émergence, l’élaboration, la circulation et la réception d’un genre littéraire qui occupe une place essentielle dans les productions artistiques des territoires créoles. D’autre part, il montre et démontre en quoi les œuvres et les auteurs choisis sont fondamentaux d’un point de vue esthétique mais aussi comme éléments de fondation, de rupture, de création, de transformation d’un état du texte et d’un état du champ littéraire, culturel et même sociétal.

La démonstration se déploie sur cinq chapitres qui alternent et croisent les approches sociologiques, culturelles, sociolinguistiques, historiques et les analyses précises et précieuses des œuvres, de leur paratexte, de leurs effets. Le meilleur de l’œuvre, de mon point de vue, se situe dans l’attention minutieuse accordée aux textes eux-mêmes, à leur organisation, à leur fonctionnement, à leur signification et à leur signifiance. Il manque peut-être, d’un point de vue sociologique une étude plus précise de la diffusion et de l’impact de ces œuvres, en particulier pour la période contemporaine, mais on ne saurait tout faire. L’ouvrage, en revanche propose des ouvertures théoriques intéressantes : extension du champ de la littérature et de la notion de poésie ; ouverture et insistance sur la dimension de l’oralité dans et hors de l’écriture ; attention apportée au corps, à la voix, à la théâtralité y compris dans les textes anciens, et à la performance ; insistance sur la réalisation poétique oralisée, théâtralisée, mise en situation ; sur l’écrit comme trace, matière, support. Ces dernières approches, familières à ceux qui fréquentent les formes extrêmes de la poésie contemporaine européenne (poésie sonore, poésie élémentaire, poésie visuelle, poésie concrète...) ont été adaptées avec succès sur le corpus de la poésie créole.

Poésie de langue créole. Le cadre était circonscrit, et la langue était ici l’un des critères majeurs de constitution du corpus. Je regrette cependant la mise à l’écart ou l’oubli de certains poètes dont le travail, bien qu’écrit majoritairement en français, a été important et séminal dans le champ littéraire des îles créoles, Edouard Maunick, Alain Lorraine, Jean-Henri Azéma et Boris Gamaleya en particulier. On peut aussi s’étonner quelque peu de la trop grande part accordée à certains jeunes poètes dans la dernière partie de l’ouvrage, vu qu’en raison de la trop grande proximité temporelle, il était peut-être difficile d’avoir le recul nécessaire. Je déplore aussi l’absence des formes dites vernaculaires, pourtant essentielles dans la genèse et la production de toute une partie de la poésie contemporaine : maloya, séga ravane, contes, narlgon.

C’est peut-être le chantier d’un prochain ouvrage. Quoi qu’il en soit, j’envie le lecteur qui ouvre ce livre, et je lui souhaite les mêmes bonheurs de lecture que ceux que j’en ai retirés.

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