A R

Carpanin Marimoutou

Mercredi 11 novembre 2009, par André Robèr // Astèr

ISBN 978-2-910791-72-8 EAN 9782910791728- Collection : Astèr Auteur : Carpanin Marimoutou Prix : 1O €

De CM à AR, d’André à Robèr, du français au créole, d’île en Ille, du mot à l’image et de l’image au mot, d’aller en retour, s’établissent un dialogue, un jeu entre deux apparentes « gamineries » esthétiques : celle d’un recueil en acrostiches qui butine sur chacune des lettres dont le hasard a paré le nom de l’ami, celle de visages et de silhouettes griffonnés sur des supports improbables, sur ce qui nous reste sous la main quand on a beaucoup voyagé, que l’on est beaucoup allé et revenu. Mais revient-on jamais à son point de départ ? Tous les endroits qui se succèdent et que l’on retrouve ne coïncident plus. Et les acrostiches qui se suivent ne disent plus la même chose, du français qui brosse le portrait de l’ami, au créole qui dépeint le péi et ce qui ne peut plus tout à fait y ramener l’ours catalan des Tropiques, malgré ses carnets d’un retour au pays natal. Car les jeux d’enfants sont souvent graves. Sous l’A/R de l’aller-retour, il y a aussi l’AR de l’au revoir. Pas aux amitiés, non, ni complètement aux illusions, ni au rouge pas plus qu’au noir, mais à ce que l’on fut et que l’on n’est plus tout à fait, dans le tremblé du temps qui nous laisse voir que rien ne se ressemble plus vraiment, hormis les mots partagés, les boutèy lamitié. Car chaque aller est comme la mer : « Isi, koté mon péi, li arkomans pa, li vativien pa. Li avans. Toultan. » Comme la mer, il effrite les hommes, gam et casse les contours du péi. Baba tann fragile, soumis aux assauts de retours d’histoires, de reflux de mémoires qu’il essaie de juguler et de ne plus voir, le péi s’oublie dans les illusions et les séductions de la modernisation. Il ne se déchiffre plus, ne s’identifie plus. C’est ce que laissent entendre les mots de CM et ce que laisse transparaître l’estompe des visages et des corps en allés peints par AR, perdus sans retour, absentés dans l’exil ou dans d’autres partances qui ne laissent subsister que ces apparitions fantomatiques, ces « spectres de la mémoire à force de cécité ». « Il préférait les voix inaudibles des esprits et leur façon d’écrire sur tous les supports ». Ils préfèrent tous deux, le poète et le peintre, « dessiner pour pouvoir parler toutes les langues », parler les deux langues de l’île pour dessiner, imaginer, crier et chantonner les ponts qui la libèreront de ses voitures qui tournent indéfiniment en rond sur ses voies rapides et la rendront à tous les mondes, à tous les esprits qui bruissent en elle, lui rappelant que « tout nasyon té son nasyon ». Ils étaient faits pour vanguer et tanguer ensemble, le dalon aux chaussures trop étroites, mon dalon qui ne pourra jamais enlever les siennes pour marcher sur le feu. Ils en ont gardé, ces deux ours mal léchés, une démarche dansante et maladroite, balancée entre les mondes. Car à force d’allers et de retours, de vativien, ils ont lancé des passerelles et des fils d’équilibristes entre leurs mots et leurs dessins, entre leur île et leur Ille. Ils voudraient tant en édifier des kèr aux tèr, entre les poings tendus et les bra rouvèr qui mettront « anlèr tout demoun atèr » dans des appartenances et des langues partagées, donnant à l’AR la chance d’un « à refaire », d’un « a rotourn », d’un « a rovyin ». Car avant tout, dans le trajet de A à R, il y a D, comme dalon et peut-être bien douceur.

B.
An dalonaz

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